Chronique

Berserk

today2 août 2022

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Berserk

Bon… faut bien en parler un jour. Je ne savais pas si j’allais présenter cette œuvre, tant il y a de choses à dire à son sujet. On va parler d’une œuvre majeure du manga, pour tous ce qu’il a apporté à la dark fantasy qui inspire des créateurs encore aujourd’hui, le seinen (manga pour adulte) le plus connu au monde depuis quelque années, je veux parler de Berserk.

Tout commence en 1989

Créé le 1er octobre 1989 au japon, par Kentaro Miura, Berserk raconte l’histoire de la rencontre de Guts et de Griffith, chef de la Troupe du Faucon, une bande de mercenaires à la solde du royaume de Midland. De cette rencontre naîtra une amitié ambiguë, mais néanmoins efficiente : la présence de Guts, guerrier à l’épée démesurée, se révélera vite indispensable à l’ambition du jeune Griffith, bretteur et tacticien hors pair. L’anime est ainsi le récit de l’ascension et de la chute de la Troupe du Faucon, et de la relation entre Guts et Griffith, particulièrement complexe, entre relation d’intérêt (Griffith utilise la force de Guts), respect mutuel (les deux se considèrent mutuellement en tant que soldats), et affection profonde (chacun a besoin de la présence de l’autre de façon inexplicable).
Je connaissais l’œuvre grâce à différentes vidéos à son sujet qui racontaient à quel point c’était incroyable, mais je n’ai jamais sauté le pas vers le manga, c’est mon frère qui a pratiquement tout acheté d’un coup. Après sa lecture, il m’a dit que c’était le meilleur manga du monde. Je me suis dit : « bon on va voir ce que ça donne », effectivement, c’est vraiment un étage de gourmandise. (Mais parfois, la gourmandise peut créer des maux au ventre, comme certains passages du manga où on est mal à l’aise, ce qui nous amène aux thématiques soulevées… ouais je sais… je fais des transitions de fou entre mes parties.)
Particulièrement cru, le manga se montre sans concession dans sa façon de présenter les choses (vous allez prendre les scènes dérangeantes ou violentes de plein fouet), la religion, la pédophilie, l’infanticide, l’inceste, le viol et les nombreux massacres renvoient une image particulièrement sombre de l’âme humaine, dont Griffith est à ce titre le plus parfait représentant. En filigrane apparaît donc une réflexion sur l’homme, partagée entre sa monstruosité (les monstres étant une représentation physique de la part d’ombre qui sommeille en chaque homme), sa violence (le monde de Berserk est ravagé par plusieurs guerres), son ambition (illustrée à merveille par le rêve et le machiavélisme de Griffith), ses désirs (notamment sexuels), et la volonté inhérente à tous de rechercher à faire le bien, et ce parfois au détriment des autres. Mais surtout l’œuvre nous fait questionner sur la question du bien et du mal. Griffith malgré tous ses actions calculateur et affreux du manga (le tome 13 est une master classe de dégueulasserie), à un rêve et un but noble. Ce qui donne cette sensation horrible, de pas savoir de quel côté on est avec le personnage. C’est pareil avec Guts, qui à cause des traumatises qu’il ait vécu toute sa vie, va de plus en plus sombrer dans les ténèbres pour atteindre son but de vengeance contre Griffith, est peut-être perdre quelque chose qui fait de lui un homme dans ce monde infame, son humanité. (Enfin ce qu’il reste de son humanité) Et tout ça est renforcer par un dessin d’exception et de référence artistique bien marqué.

Grace à mon ami internet, j’ai découvert énormément de courants artistiquess et de d’artiste qui ont inspiré le manga. Ceux qui ont déjà pu lire Berserk le savent, c’est une série et une histoire aux influences surprenantes et finalement assez variées, contribuant ainsi à l’originalité de l’œuvre de Kentaro Miura. Une chose est certaine, le mangaka connait ses classiques. L’emprise du peintre néerlandais Jérôme Bosch est ainsi fondamentale dans Berserk, on pensera notamment au Jardin des Délices. Maurits Cornelis Escher et La Maison aux escaliers (qui est la plus connu aux yeux du grand publique), ou Goya et Le Sabbath des sorcières sont également au nombre des figures d’influence de Kentaro Miura. Autre nom de prestige, Hans Ruedi Giger, designer, entre autres, de la créature Alien. L’artiste suisse à l’univers dérangeant et aux visions cauchemardesques, tout autant organique que mécanique, fait parfaitement écho à l’univers de Berserk. Aussi Gustave Doré, où là il n’y a pas de doute, on peut apercevoir que le style de Miura est inspiré du trait de l’artiste Français. (Cocorico.) Mais il faut qu’on parle de son style de dessin maintenant, on ne va pas chercher pendant dix heures, le dessin est parfait. Cette capacité à retranscrire une planche si détaillée, ce génie tout simplement de nous montrer des scènes de Dark-fantasy aussi fascinantes que déroutantes, dans lesquelles se mélange gore, fantastique et médiéval nous laissant perplexe entre l’admiration de la planche et la peur de ce qui va arriver aux personnages… Miura n’a rien à envier aux plus grands créateurs artistiques du monde dans le style du médiéval fantastique. Il a réinventé son genre, créer des créatures qui inspireront de grands noms danss le futur, comme Hidetaka Miyazaki créateur de la série de jeux vidéo Dark Souls, à ne pas confondre avec Hayao Miyazaki créateur du studio Ghibli. L’image du personnage de Guts et de son épée massive est attribuée à des personnages inspirants comme Cloud Strife de Final Fantasy VII et Dante de la série Devil May Cry. Les créateurs de jeux vidéo Hideaki Itsuno et Hiroyuki Kobayashi sont fans de Berserk. En 2019, lors d’une conférence de la Game Developers Conference (GDC), Hideaki Itsuno a déclaré que le ton et le style de Devil May Cry 5 étaient inspirés de Berserk. De nombreux auteurs ont cité Kentar? Miura et Berserk comme influences et notamment Kazue Kat?, l’auteur de Blue Exorciste. On peut également citer le romancier Ry?go Narita et la mangaka Yana Toboso connu pour Black Butler. C’est lui qui a redistribué les cartes de ce qu’était la Dark fantasy pour lui dans les années 90.

Mais cette grandeur a un prix.

Laissez-moi vous raconter une histoire. Kentaro Miura commence à créer très tôt puisqu’en 1976, à 10 ans seulement, il dessine son premier manga Miuranger, qui se composera tout de même de 40 volumes. Le futur auteur de Berserk n’en reste pas là, puisque l’année suivante, il commence un autre manga, Ken No Michi et poursuivra ses études dans le domaine artistique en faisant parler de lui dès le milieu des années 80 avec deux autres projets : Futanabi et Nao. En plus d’être assisant pour l’auteur de Hokuto no Ken (Ken le survivant chez nous) qui était choqué des dessins de Miura et qui n’avait rien à lui apprendre dans le domaine du dessin (Recevoir ce genre de compliment d’un des plus grand mangaka de cette époque, c’est assez stylé). Quelques années plus tard, Miura monte sur le podium d’un concours du magazine Comicomi. C’est approximativement au cours de cette période qu’il parvient à terminer un projet d’une cinquantaine de pages intitulé Berserk Prototype. Berserk sera ainsi publié dès 1989 et n’aura finalement qu’un succès relatif à ses débuts. Il faudra attendre les premiers chapitres du fameux arc de L’âge d’or pour que la série gagne en popularité et que Kentaro Miura décide alors de se consacrer exclusivement à ce qui deviendra l’œuvre de sa vie. Le 6 mai 2021, Kentaro Miura décède des suites d’une dissection aortique aiguë, il avait 54 ans, laissant Berserk inachevé. La disparition prématurée de Kentaro Miura fait de Berserk une œuvre et une histoire inachevée, amputée, où nombre de questions demeurent sans réponses. La question se pose alors : la série peut-elle se poursuivre sans son incontournable auteur ? Il est en effet parfaitement envisageable que Kentaro Miura ait laissé derrière lui un matériel considérable : des croquis, storyboards et autres notes sur le dénouement de Berserk. Son éditeur va-t-il encourager une suite ? Qui pour prendre en charge une telle responsabilité ? Serait-ce d’ailleurs une bonne chose ? Ces réponses on les a actuellement.

Miura avait des apprentis, des assistants qu’il a formé à son art du dessin et de la pensée. Ces apprentis sont devenus aussi fort que le maitre, leurs styles imitent à la perfection celui de Miura, il créa le Studio Gaga. Pour voir de quoi il était capable, Miura laissa ses assistants écrire un one shot dont il sera le producteur pour voir ce qu’ils ont appris durant toute ses années, c’est comme ça qu’est né Dhuranki. Un succès au japon, qui réconforta l’idée que si Miura décède avant la fin de son manga, il pourra laisser son œuvre l’esprit tranquille à ses assistants. Il savait avec ses problèmes de santé qui s’accumulaient, qu’il ne pourra pas finir son manga. Aujourd’hui, 1 an après le décès de Kentaro Miura, le manga va bien continuer et arrive à son dernier arc narratif, au dessin, le Studio Gaga et à la production, le meilleur ami de Miura qui veillera à ce que l’œuvre respecte les derniers écrits de l’auteur, car oui, Miura aurait laissé la fin et quelques éléments narratifs à son studio et ses proches. Berserk aura-t-il une fin heureuse ? Ou l’œuvre décevra les fans ? L’avenir nous le dira. Mais Kento miura restera dans l’histoire, et je suis heureux d’avoir lu ce manga, je voulais lui adresser mes remerciements, qu’il repose en paix.

Voilà pour cette chronique dédiée à Berserk, je n’ai pas tout dit, je n’ai pas tout évoqué, trop de choses à dire, il me faudrait des pages et des pages pour analyser cette œuvre si forte. C’est pour ça que je conseille la chaine ALT236 qui parle d’univers fantastique, et de sa vidéo MYTHOLOGICS #3 / BERSERK qui vous apprendrait plein de choses sur le manga. Berserk est trouvable dans beaucoup de librairie et sur internet, il y a actuellement 41 volumes.

Mathieu Ivansich.

Écrit par: Mathieu Ivansich

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