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René Capdevielle : Le douanier des cimes et des mots Alain Pierre
René Capdevielle : Le douanier des cimes et des mots
René Capdevielle est un homme-frontière. Ancien douanier de métier, il a passé sa vie à surveiller les lignes, mais c’est une autre limite qu’il défend aujourd’hui avec une ferveur intacte : celle qui sépare l’oubli de la mémoire vivante. Sa voix, rocailleuse comme les pentes du Pibeste qu’il connaît par cœur, ne se contente pas de parler ; elle roule les « r » comme le gave charrie ses galets, portant l’écho d’une Bigorre indomptable.
Dans ce coin de Pyrénées, René n’est pas un simple habitant. Il est le gardien d’une « République » invisible, celle des Sept Vallées du Lavedan. Il raconte avec une fierté contagieuse ce temps où les communautés de voisins s’administraient elles-mêmes, bien avant que les cartes modernes ne figent le territoire. Pour lui, la réserve naturelle n’est pas un trait de plume administratif, mais le prolongement de cette liberté sauvage, un sanctuaire où l’ours et l’isard ignorent les passeports.
Mais la véritable douane de René Capdevielle est linguistique. Il refuse obstinément d’être relégué au rang de « pépi », ce folklore passéiste qu’on dépoussière les jours de fête. Sa langue, le gascon, est une arme de précision qu’il affûte en s’attaquant à des monuments. Lorsqu’il traduit Brel, Brassens ou Renaud, il ne fait pas de la simple conversion littéraire : il rapatrie ces géants au pays.
Sous sa plume, L’Auvergnat change de visage pour devenir un frère de vallée, et la mélancolie de Mistral Gagnant s’enracine dans la terre lourde de ses ancêtres. En faisant résonner ces mélodies universelles dans la langue de son enfance, René Capdevielle prouve que le gascon n’est pas une langue morte, mais un feu qui couve sous la cendre, prêt à brûler pour peu qu’une voix assez forte, comme la sienne, vienne souffler dessus.
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Adishatz_10022026 Simon Bordelais
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