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Historya : Les Berbères FV/23
Ils sont là depuis plus de 3000 ans. Bien avant l’arrivée de l’Islam ou la colonisation française, un peuple occupait déjà les vastes étendues de l’Afrique du Nord. On les appelle souvent les Berbères, un terme dérivé du grec et du latin « barbare », mais eux se nomment fièrement les Amazighs, ce qui signifie « les hommes libres ».
Aujourd’hui, cette identité est toujours vivante. Du Maroc à l’Égypte, en passant par l’Algérie, la Tunisie, la Libye et jusqu’au Sahel avec les Touaregs, des millions de personnes revendiquent cette culture. Ils partagent une langue, le tamazight, et un alphabet millénaire, le Tifinagh. Mais ce qui les unit par-dessus tout, c’est un trait de caractère forgé par les siècles : une farouche volonté d’indépendance.
Contrairement aux idées reçues, les Berbères n’étaient pas isolés. Dès l’Antiquité, ils commerçaient avec les Pharaons d’Égypte et côtoyaient les Carthaginois. La Numidie, terre prospère, a vu naître de grandes figures intellectuelles et politiques. Saviez-vous que Saint Augustin, l’un des pères de l’Église, ou l’empereur romain Septime Sévère étaient d’origine berbère ?
Pourtant, Rome a souvent dû batailler ferme. La guerre menée par Jugurtha contre les légions romaines reste un modèle de résistance. Refusant la soumission, ce roi numide a tenu tête à la puissance impériale, prouvant que ce peuple ne se laisserait jamais dominer sans combat.
Lorsque les armées arabes déferlent sur le Maghreb au VIIe siècle, elles ne trouvent pas une terre offerte, mais une forteresse de piques. La résistance s’organise d’abord autour du chef Kusayla, qui parvient à écraser l’armée du général Oqba Ibn Nafi.
Mais la figure la plus emblématique de cette époque reste sans conteste la Kahina (Dihya). Reine guerrière des Aurès, elle est décrite comme une prophétesse capable de prédire l’avenir. Elle unifie les tribus et inflige de lourdes défaites aux troupes omeyyades, pratiquant la politique de la terre brûlée pour décourager l’envahisseur. Sa mort, près d’un puits qui porte encore son nom, marque la fin d’une ère, mais pas celle de l’esprit berbère. Même convertis à l’Islam, les Berbères garderont leur autonomie, n’hésitant pas à se révolter contre les califats orientaux lorsqu’ils se sentaient traités en citoyens de seconde zone.
L’Histoire a prouvé que les Berbères pouvaient aussi être de grands bâtisseurs d’empires. Les dynasties des Almoravides et des Almohades, parties du Maroc actuel, ont régné sur une immense partie du Maghreb et de l’Andalousie. C’est d’ailleurs aux Almoravides que l’on doit la fondation de Marrakech, « Mour Yakouch », littéralement la terre de Dieu.
Le cycle de la résistance reprendra brutalement en 1830 avec le débarquement français à Alger. Si l’émir Abd el-Kader est la figure la plus connue de cette lutte, la Kabylie et les Aurès furent des bastions imprenables pendant des décennies.
Il faut citer le courage inouï de Lalla Fatma N’Soumer. Surnommée la « Jeanne d’Arc du Djurdjura », cette jeune femme de 27 ans a défié les maréchaux français dans les années 1850. Après la défaite de l’insurrection de 1871 menée par El Mokrani, la répression fut terrible : terres confisquées et déportation massive de Kabyles vers la Nouvelle-Calédonie.
Au XXe siècle, les Berbères ont joué un rôle central dans la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962). Des architectes de la révolution comme Abane Ramdane ou Krim Belkacem étaient issus de ces montagnes rebelles. Pourtant, après l’indépendance, l’identité amazighe a souvent été marginalisée au profit d’une arabisation forcée.
Il aura fallu attendre le « Printemps berbère » de 1980 et des décennies de militantisme pacifique pour que la langue et la culture soient enfin reconnues officiellement au Maroc et en Algérie. Aujourd’hui, l’Amazigh ne se cache plus : il s’écrit, se chante et se transmet, fidèle à l’héritage de ces hommes et femmes libres qui n’ont jamais plié le genou.
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Historya : Les Berbères Francis Virepinte
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