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Saint-Ferme : une crèche vivante entre UNESCO et terroir Alain Pierre
Saint-Ferme : une crèche vivante entre UNESCO et terroir
L’abbaye de Saint-Ferme ne fait pas les choses à moitié. Imaginez une église millénaire, un froid piquant et, au milieu, un bœuf, un âne et un nouveau-né qui ne pleure presque pas. Dimanche 11 janvier, à onze heures précises, le Sud-Gironde va s’arrêter de respirer pour sa crèche vivante.
Ce n’est pas qu’un spectacle de village. L’affaire est sérieuse, classée au patrimoine de l’UNESCO. Pourtant, Chantal Blouin, la présidente des Amis de l’abbaye, garde les pieds sur terre. Elle parle de cette culture occitane comme on parle de ses meubles : c’est là, c’est solide, c’est à nous. Violaine, l’organisatrice, gère l’impossible. Il faut recruter quatre-vingts figurants, du bébé aux pèlerins de Saint-Jacques, sans oublier le coq et les moutons. Dans les coulisses, on fouille les vieilles armoires pour trouver des loques crédibles. Le secret de la réussite tient dans l’oreille. Pour ceux qui ne comprennent pas un traître mot d’occitan, des livrets bilingues sont posés sur chaque chaise. On vous murmure la traduction pendant que les bergers entrent en scène.
Il y a ces gueules de terroir, comme Yves, le boulanger d’Aurillac-sur-Dropt. Il apporte sa tourte biologique, celle qu’on partage à la fin de la messe comme un trésor. Ou Daniel, qui joue les gardes parce qu’il n’aime pas trop parler en public, mais qui voulait en être, pour le geste. Après le sacré vient le solide. Le foyer de Saint-Ferme va trembler sous les fourchettes. Garbure landaise, bœuf de Bazas et une mystérieuse boisson nommée « la marquise ». Un vin blanc citronné dont personne ne lâche la recette. C’est une journée où l’on danse entre les tables, où le prêtre pousse la chansonnette et où l’on oublie que le monde extérieur existe. Si vous voulez une place au banquet, dépêchez-vous : Chantal refuse du monde chaque année.